Crédit photo : Ehsan Farahani

Nouvelles

La constellation KÔ

Chanter. Dans un seul geste, plonger sa voix blanche dans l’incandescente réalité des choses, là où palpite l’éternelle origine qui donne vie à grands cris. Déployer des bras lumineux et faire rondes les voix qui donnent, bénissent et reçoivent. Devenir un long pont où transitent des mondes impensables : une immensité lointaine qui habite en secret. Le chant vient à nous, bouillonnant, fluide, s’élançant dans un azur de conscience afin que, plongeant de nouveau nous soit révélé cette lumière dans le noir, des ombres s’ouvrant à des luminosités particulières, le rappel de toute vie dans notre vie.

Ensemble Kô, depuis les siècles des siècles, tous ensemble à l’écoute de ce qui est, de ce qui nous crée, aussi immortels que ce présent porté par l’air à nos oreilles comme une pierre alchimique tenue entre les doigts de chacun.

Le chant de l’Ensemble Kô invite à nous précipiter dans un commencement ou règne l’origine des choses, là où s’étale le plus grand étalement, une lumière à soi. S’il le peut ainsi c’est qu’aux sources d’un tel parcours éclatent des mondes dans un silence innommable. Témoignant de ce lieu, vivant de ce lieu, le chœur de l’Ensemble KÔ vient nourrir cet absolu moment de clarté d’une générosité instinctive et radiante. Il y décrit notre humanité autant qu’il évoque la Réalité en franchissant le son; en jetant dans la création et son cœur et son chant.

De cette conscience matutinale monte un hymne puissant : le sang des autres c’est mon sang! Une humanité résiliente éclate de vérité à la périphérie de ses musiques. C’est une émotion qui nous lie à l’œuvre, au grand œuvre d’être là, vivant, vibrant, sur le seuil de ce qui est dit.

Vos musiques se taisent, puis c’est l’espace tout autour, les cœurs, les objets, et le corps entier qui vibre encore de vos voix, telles des cloches lointaines résonantes dans l’écho de votre présence.

Il y a une telle audace à lancer ainsi vos chants sur le mur des perceptions et en écouter le résultat avec autant de bienveillance. J’ai dit bienveillance, mais je voulais dire amour. Car il n’y a que l’amour pour rendre un tel spectacle, parfois avec une telle intensité, tout en se disant : c’est toujours moi, là, dans cette anfractuosité de lumière, dans ce gouffre d’ombre, dans ce chant océanique.

Merci! Tiphaine Legrand, grande sibylle des voix humaines, femme des aurores et des éveils accoucheurs, petite fille des crépuscules surnaturels, ton geste de chœur nous rejoint depuis des lunes et des lunes et le chant de l’Ensemble Kô ravi le nôtre… sans fin.

– Jean-Pierre Bégin, juin 2017

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